Retour sur les travaux réalisés par nos élèves lors du cycle de dessin Copie en couleur, animé par notre professeur Pierre-Louis Baron. Entre 2019 et 2025, Pierre-Louis a enseigné au musée Gustave Moreau plusieurs approches du dessin d’après œuvre : étude du corps humain, copies en couleur, dessin aux trois crayons, travail au pastel sec et dessin d’observation en musée. Les pièces présentées ici comptent parmi les études les plus approfondies menées par ses élèves. Elles constituent de véritables exercices picturaux : des copies réalisées au pastel, technique qui s’avère un remarquable palliatif à la peinture, permettant d’en retrouver le geste, la construction et la richesse chromatique tout en respectant les contraintes du musée.
Le pastel : une peinture sèche qui ouvre le regard
Le pastel sec n’est pas seulement un outil de dessin : il se prête à une véritable pratique de peinture. Travaillé sur papier teinté, qui joue le rôle de primature colorée — comme la couche préparatoire utilisée en peinture classique — il permet d’aborder toutes les grandes étapes du travail à l’huile : construction par masses, superpositions, modulations de valeurs et de températures, et recherche d’une lumière intérieure.
Dans les salles du musée, cette technique offre un double avantage : elle est respectueuse des œuvres, tout en permettant aux élèves de penser en peintres, de poser la couleur en taches, en rapports de valeurs, en nuances successives. Copier au pastel devient alors un exercice de précision, de simplification et d’analyse : comprendre “comment c’est fait” en observant directement les tableaux, sans médiation.
Pourquoi copier devant Moreau ?
L’œuvre de Gustave Moreau constitue un terrain d’étude exceptionnel. Son univers pictural, foisonnant et changeant, traverse une étonnante diversité de styles :
néoclassicisme, avec ses figures élégantes et ses compositions rigoureuses,
symbolisme, saturé de couleurs et d’ornements,
matiérisme audacieux, où les empâtements se font presque abstraits,
ébauches, parfois laissées à l’état de visions colorées et vibrantes.
Copier Moreau, c’est donc rencontrer plusieurs manières de peindre à la fois. C’est analyser une construction académique, des draperies quasi orientales, des éclats précieux, des zones brumeuses, des reprises visibles. Le pastel se prête idéalement à cette diversité : il permet de juxtaposer des couleurs pures, d’obtenir des transparences proches de glacis, de fondre des ombres, ou d’atteindre la précision minutieuse des détails.
Un apprentissage par la présence et par l’observation
Pour les élèves, travailler directement dans les salles du musée, face aux œuvres, a été un temps fort du cycle. Ils ont dû saisir :
la structure des compositions,
les valeurs essentielles,
la logique des couleurs,
les effets de matière,
la circulation de la lumière,
les contrastes qui “font” l’image.
Chaque copie, loin d’être une reproduction littérale, est devenue un chemin d’appropriation : une manière de comprendre le geste de Moreau, ses hésitations, ses choix, ses audaces. Le médium pastel a imposé une économie de moyens qui oblige à aller droit à l’essentiel. Les élèves ont appris à voir, à sélectionner, à interpréter.
























